Je ne m’attendais pas au silence.
Un silence total. Pas de voitures. Pas d’avions. Rien. Seulement le sifflement du vent, les clapotis d’une mer calme, et parfois, au loin, le cri rauque des cerfs rouges venant des montagnes dont la brume cache les sommets.
Je suis arrivé sur l’île de Jura après une longue journée de voyage depuis Glasgow. C’est là, dans cet espace sauvage et coupé du monde, qu’Eric Blair – alias George Orwell – a choisi de se retirer pour écrire une dernière œuvre majeure : son roman dystopique 1984. Un livre plus que jamais d’actualité, à l’époque où Big Brother se glisse jusque dans les algorithmes de nos réseaux sociaux.
Pourquoi s’exiler ainsi, au bout de tout, pour écrire un livre destiné à mettre le monde en garde ?
Cette question m’a conduit jusqu’à Barnhill, le cottage qu’il a loué tout au nord de l’île, à plusieurs heures de marche de la moindre trace de civilisation…